Vanessa: « Les 3/4 soeurs »- 1ère partie – Avril 2021

Ma sœur aînée, mon frère jumeau et moi-même avons grandi en Suisse romande dans une famille aimante avec deux parents très présents. Une famille toujours soudée, malgré ses hauts et ses bas, et ce même après la découverte que nous avons faite il y a maintenant deux ans.

En octobre 2019 j’ai été bizarrement passionnée par un documentaire sur la télévision française avec divers témoignages de personnes ayant fait des découvertes de secrets de famille en lien avec leurs origines. J’ai ressenti le besoin de partager très vite ce documentaire, qui inconsciemment me parlait énormément, avec beaucoup de monde dont mes parents, mon frère et ma sœur. Ma sœur aînée et moi avons ensuite décidé d’acheter un test ADN pour notre père, pour son anniversaire (un cadeau original!) et par la même occasion j’ai décidé d’en acheter un pour moi aussi, curieuse de voir mes origines ethniques mais sans aucune autre arrière-pensée « consciente ». Je plaisante tout de même avec ma sœur « je m’en achète un aussi et comme ça on verra bien si j’ai un match avec papa » et ma sœur me répond « ça me rappelle ces histoires de personnes découvrant des secrets suite aux résultats de leurs test ADN ».

Quelques semaines plus tard nos parents nous convient chez eux car ils ont quelque chose d’important à nous dire. Nous avons quelques jours d’attente avant le fameux rendez-vous et, cogitant beaucoup, j’écris à mon frère et ma sœur afin d’échanger des idées sur ce que peut bien être le sujet de cette réunion de famille. Assez vite je fais le rapprochement entre le documentaire envoyé, les tests ADN achetés et une histoire que nos parents nous ont déjà racontée: ils ont mis 7 ans avant d’avoir ma sœur aînée. Avec tous ces éléments, l’une de mes principales théories est que nous sommes peut-être issus d’un don de sperme et que notre papa serait stérile. J’oscille entre l’intime conviction que c’est le cas et l’idée que j’ai une imagination débordante, mais quand j’en parle à ma sœur, cela clique en elle aussi et elle est assez convaincue par cette théorie.

Vient le fameux meeting familial et nos parents nous confirment, en effet, qu’après avoir essayé pendant des années de nous concevoir et après avoir fait des tests plus poussés, ils ont appris que notre papa était stérile et qu’une solution (assez innovante à la fin des années 70 en Suisse) qui s’offrait à eux était le don de sperme anonyme. Après la visite de plusieurs centres dont celui de Lyon, ils décident d’opter pour la Frauenklinik de Berne car il est possible de bénéficier là-bas de « sperme frais » et non de paillettes congelées. Ma sœur Tanya est conçue là-bas par insémination artificielle avec un donneur anonyme au printemps 1978 et nait en février 1979. Quelques années plus tard mes parents souhaitent avoir un autre enfant et retournent à la Frauenklinik en automne 1981, où ils demandent de bénéficier du même donneur. On leur répond que ce n’est pas possible et qu’on préparera pour ma mère un « cocktail » de deux doses de semence pour plus de chance de réussite. Surprise pour nos parents à la première échographie, ils apprennent qu’ils attendent des jumeaux. Mon frère Yves et moi naissons fin mai 1982.

Je crois que le fait d’avoir deviné ce qu’il en était avant notre rendez-vous familial a un petit peu atténué le choc de l’annonce (même si j’ai tout de même pris un bon moment à « digérer » cette information). C’était un moment plein d’émotion mais finalement très doux aussi, nous avons même eu le droit à des tasses « souvenir » offertes par nos parents avec l’inscription « Love You to the Moon and Back ». Ce geste m’a beaucoup touchée et j’utilise ma tasse tout le temps!

Cette révélation du secret ce jour-là ne change rien du tout d’un côté car nous aimons nos parents de tout notre cœur et nos liens restent les mêmes. Nous admirons le courage de nos parents d’avoir choisi ce parcours à cette époque, nous leur en sommes reconnaissants et nous les aimons encore plus en comprenant l’épreuve qu’il ont vécue et l’ouverture d’esprit qu’ils ont eu afin de nous avoir. Cependant, d’un autre côté, cela change tout: notre histoire n’est plus la même et la moitié de nos origines biologiques est inconnue. Nous existons sur cette terre non seulement grâce à nos parents et leur volonté de nous avoir mais aussi grâce au don de deux ou trois donneurs anonymes dont nous ne savons strictement rien. Nous découvrons ce jour-là qu’il y a une pièce manquante du puzzle de notre histoire et de notre identité.

C’est alors que Tanya et moi décidons de mener l’enquête pour obtenir le plus d’informations possibles sur nos origines tout en continuant à vivre notre vie normalement. Nous nous engageons donc dans cette « mission » afin d’essayer de percer le mystère de nos origines et de qui sont nos donneurs.

Tanya, Yves et moi décidons en novembre 2019 d’aller chez Unilabs, un laboratoire suisse, pour effectuer un test ADN de filiation afin d’être sûr du nombre de donneurs en lien avec nos conceptions respectives: le donneur de ma sœur est à priori différent et le doute plane quant à Yves et moi, qui sommes des faux jumeaux, donc issus de deux ovules et mélange de semences pour notre conception. Nous recevons les résultats quelques semaines plus tard confirmant que mon frère jumeau et moi même avons bel et bien le même donneur mais que celui de ma sœur est différent. Nous avons la confirmation ce jour là que Tanya est biologiquement notre demi-sœur mais dans notre cœur elle reste bien sûr notre grande sœur et cela ne change rien à notre lien.

Après ce premier test ADN suisse nous effectuons sur une période d’un an trois tests ADN destinés aux recherches de généalogie et les informations de chaque plateforme sont très fructueuses:

  • Les résultats arrivés de Myheritage en décembre 2019 comportent un grand nombre de matchs en commun entre Tanya et moi, ce qui est inattendu pour des demi-sœurs. De plus, le pourcentage d’ADN que nous partageons en commun est très élevé pour des demi-sœurs et l’algorithme de la plateforme estime que nous sommes des sœurs. Nous nous demandons si nos donneurs sont de la même famille.
  • Nous découvrons en mars 2020 un demi-frère pour moi sur Myheritage. Il vit à Berne et est issu du même donneur que mon jumeau et moi mais n’était pas au courant de son mode de conception, un gros choc pour lui. Une belle nouvelle est qu’il matche avec ma sœur comme cousin germain: nous confirmons grâce à lui que nos deux donneurs sont des frères, nous ne sommes pas des demi-sœurs: nous sommes 3/4 sœurs! Tanya et moi rencontrons mon demi de Berne en mars 2021 et c’est une super rencontre, très naturelle. Nous espérons nous revoir régulièrement.
  • Nous découvrons en octobre 2020 un nouveau demi-frère pour moi sur 23andme, matchant aussi comme demi-frère avec mon autre demi de Berne et nouveau cousin germain pour ma sœur! Il vit aux États-Unis mais n’était pas non plus au courant de son mode de conception. Il est un peu sous le choc et prendra plusieurs mois avant de nous recontacter. Aujourd’hui nous sommes en contact régulier et espérons nous rencontrer la prochaine fois qu’il viendra en Suisse rendre visite à sa famille.
  • Nous découvrons en janvier 2021 une correspondance ADN très intéressante sur Ancestry DNA: Une dame suisse de 70 ans vivant aux États-Unis avec qui je partage 4% d’ADN en commun. Des personnes avec des matchs à 1,5 % côté donneur ont déjà réussi à retrouver leur donneur donc ça avance pour nous. Nous avons énormément de chance car nous rentrons en contact avec son fils (qui matche avec moi à 2%) qui est d’accord de nous aider dans nos recherches. Petit hic: sa famille est immense! Il y avait 10 enfants au niveau de nos potentiels arrière-grands-parents biologiques. Après beaucoup de recherches et enquêtes généalogiques sur nos diverses plateformes ADN nous estimons que notre lien avec mon match à 4% d’ADN en commun est le suivant: nos donneurs seraient les fils d’un(e) cousin(e) germain(e) du côté maternel de mon match. Il y a énormément de candidats au niveau de ses cousins germains maternels (qui seraient soit notre grand-père biologique soit notre grand-mère biologique) et pour le moment nous n’avons pas encore découvert qui sont nos donneurs. Mais l’étau se resserre et nous restons patientes et persévérantes.

Nous connaissons à présent le lieu d’origine de certains ancêtres de nos donneurs (des hameaux près de Langnau en Emmenthal) et nous découvrons que le village d’origine de notre papa se trouve à 15 minutes en voiture de celui des donneurs. Finalement, nos origines au niveau géographique ne sont pas si différentes. L’enquête continue aujourd’hui et nous espérons, avec un peu de chance, pouvoir découvrir un jour qui sont ces frères donneurs.

C’est un droit humain fondamental de connaître ses origines. Notre papa nous l’avons, ce n’est pas un deuxième père que nous cherchons mais nous souhaiterions savoir qui sont nos donneurs de vie. Pouvoir connaître nos antécédent médicaux de ce côté là mais également savoir qui ils sont, comblera ce gros point d’interrogation qui est en nous. En effet, nous savons aujourd’hui que le plus important est l’acquis, c’est-à-dire l’environnement dans lequel nous avons grandi, pour la construction de notre personne. Nous avons eu énormément de chance de ce côté là car nous avons reçu beaucoup d’amour et de bienveillance dans notre famille. Cependant, il ne faut pas oublier l’inné, ce que nous portons dans nos gènes, car nous ne sommes pas une page blanche à la naissance. Nos traits physiques et certains traits de caractère, de notre personnalité, proviennent de nos deux parents biologiques. Je sais que j’ai hérité de la sensibilité de ma maman et de la forme de ses yeux par exemple mais à qui appartient ce long nez, ces dents, ce petit menton? Et certains traits de mon caractère, de ma personnalité, ont-ils été hérités de mon donneur ou non? Beaucoup de questions qui pourraient être répondues par une simple rencontre humaine, par une simple prise de contact. J’ai confiance en l’humain et l’aventure humaine, je suis sure qu’un jour il nous sera possible d’en savoir plus dans ce monde qui est de plus en plus ouvert par rapport à l’époque de notre conception.

La suite de notre histoire se trouve ici.

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