Muriel: « Au fond je l’ai toujours su… » – Mars 2021

Au fond je l’ai toujours su…

Depuis enfant, j’ai toujours eu un sentiment étrange. J’ai même questionné mes parents, car j’étais persuadée avoir été adoptée. Mes parents ont toujours tout nié. Ma maman m’a montré des photos de sa grossesse. Je me faisais des idées…

Puis viennent les cours de biologie. On a fait un test innocent, pour voir quelles sont les spécificités génétiques sur notre corps. Avec cette exercice, on devait analyser ce qui venait de notre papa et de notre maman. Il se trouve que rien ne correspondait avec mes parents. L’enseignante un peu gênée a éludé la question… Mes parents ont continué à nier ce qui était pourtant évident…

Et ce sentiment qui ne m’a jamais quittée. Cette impression que je n’étais pas complètement seule, que j’avais une petite sœur quelque part. Je ne peux pas l’expliquer. J’ai toujours pensé que c’était dû à la fausse couche de ma maman. L’avenir me donnera une toute autre explication !

A tout juste 21 ans, je n’oublierai jamais cette journée qui devait être ordinaire…C’est là, devant la tombe de ma grand-maman, que celui à qui je ressemble tant physiquement, celui à qui je m’identifie tant m’annonce qu’il n’est pas mon géniteur. Ma première réaction a été de lui dire que ce n’était pas possible, qu’on se ressemble bien trop pour que ce soit vrai. Et en regardant ses yeux bleus identiques aux miens, je lui ai dit que ça ne changerait rien pour moi. Je l’aime toujours comme mon seul et unique papa…

Je suis rentrée chez moi, puis j’ai scruté mon visage… D’un coup j’avais l’impression de ne plus être la même, de ne plus me reconnaître… J’ai tenté d’identifier ce qui vient d’elle et ce qui vient de ce nouveau personnage qui a intégré mon existence mais qui a finalement toujours fait partie de ma vie : mon géniteur. J’avais beaucoup d’interrogations. Mais qu’est-ce que cette nouvelle va changer pour moi ?

Un peu perdue avec ce nouveau paramètre, j’ai cherché à savoir quelle devait être ma réaction ? J’ai été tout naturellement me renseigner auprès de mon médecin de famille que je considérais comme quelqu’un de confiance. Il m’a dit que je n’aurais jamais aucune chance de le retrouver, car le don était anonyme à l’époque. Mon géniteur était certainement un médecin en formation et qu’il devait être généreux car c’est un acte altruiste. Puis, il m’a dit que faire le deuil de quelqu’un qu’on n’a jamais connu ne serait certainement pas difficile… A ce moment-là, je pensais que les choses s’arrêteraient là…

Puis les années passent et toujours cette question ouverte. Mais qui est le maillon manquant de ma naissance ? Finalement, ils ont été trois à me concevoir… pourquoi n’ai-je pas le droit de savoir qui il est ?

Puis j’ai découvert que j’avais tout de même des droits. La loi sur la PMA mise en application en 2001 et m’autorise à poser mes questions au centre dans lequel j’ai été conçue : Le CHUV de Lausanne. J’ai écrit une lettre en demandant formellement qu’on me donne son nom. On m’a répondu un an plus tard, avec la signature d’un juriste, que plus aucune information n’était en leur possession… Mais on m’a donné ma date de conception. Me voilà au moins avec un semblant de réponse. C’est original de connaître avec précision la date de sa conception. Ce n’est pas donné à tout le monde !

Quoi qu’il en soit, j’étais persuadée que tout allait s’arrêter là. Comment pourrais-je savoir si toutes les informations ont été détruites.

Jusqu’au jour où la vie m’a envoyé un de ses signes dont elle a le secret. Je suis tombée par grand hasard sur le reportage du premier homme conçu par don qui a retrouvé son donneur en France. Mais comment est-ce possible ? Je l’ai contacté et j’ai découvert qu’il existe un grand nombre de personnes, conçues de la même façon que moi et qui se posent les mêmes questions. Quel bien cela fait de ne pas se retrouver seule et de pouvoir échanger avec des gens qui ressentent les mêmes émotions !

Jeune maman, ma soif de connaître mes origines étaient encore plus fortes ! Maintenant, cette quête n’est plus seulement pour moi mais aussi pour mes deux garçons ! Ils ont le droit d’avoir toutes les pièces du puzzle !

Non sans crainte, je me suis lancée vers un test ADN. Puis viennent les résultats… Rien qui puisse me relier au donneur…

J’ai fait le transfère sur une autre plateforme. Puis, le 3 mai 2019, jour de mon anniversaire de mariage, j’ai reçu les résultats. Juste avant d’aller chercher mon fils à l’école, je les ai ouverts. C’était une longue liste Excel un peu barbare… Tout en haut de la liste, le nom d’une jeune femme est apparu et juste à côté de son nom, il était noté que l’ADN partagé indiquait qu’il devait s’agir de ma demi-sœur. J’ai ressenti comme un tourbillon émotionnel. Je n’étais pas sûre de vraiment comprendre ce qui m’arrivait ! J’étais là, dans la cours d’école de mon fils, comme tous les jours. Je regardais les autres parents et j’avais envie de crier « J’ai une demi-sœur » !

Puis viennent les questions pratiques… Il faut que je la contacte, mais que vais-je lui écrire ?

Allez, je me lance, en expliquant simplement ma situation.

Voici qu’à New York, dans un métro, une jeune femme reçoit un email d’une inconnue. Un email sur lequel il est fait mention que cette inconnue est sa demi-sœur…

Cette expérience est unique. Je pense réellement que c’est une chance même si, à fleur de peau et d’une grande sensibilité, cette rencontre chamboule notre existence.

On se regarde, on se découvre, on trouve des traits communs, des réponses à nos interrogations. Et maintenant, on le cherche ensemble. Oui, on cherche ensemble cet homme grâce à qui nous sommes….

Il a vraisemblablement les cheveux clairs et les yeux bleus. Avec un puit d’espoir, on le cherche, on ne lâche pas. On ne sait pas où chercher, qui chercher, mais on finira par le trouver.

Les racines d’un arbre sont son pilier, sa base, ce qui le nourrit et lui permet de vivre. Nous aussi, on a le droit de connaître toutes nos racines.

Je suis aussi qui je suis grâce à un grande nombre d’éléments qui me sont connus. Mais j’ai une grande envie de découvrir cette partie manquante. J’ai très envie de savoir qui est cet inconnu qui a fait un don d’une partie de lui. Se rendait-il compte de l’ampleur de son don ? Et aujourd’hui, pense-t-il au fait que ce don a pu donner réellement la vie… et à plusieurs reprises ?

Nous n’avons aucunement l’intention d’être intrusives dans la vie de notre donneur. Nous aimerions juste voir son visage, connaître son nom, savoir d’où il vient et donc en partie d’où nous venons.

1 Comment

  1. Très beau témoignage <3
    Continue de te battre et de chercher… tu vas forcément trouver – peut-être pas ce que tu recherches… mais souvent le voyage vaut tout autant la peine que la destination!

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